Recensions - DVD Opéra

 

L'Upupa, opéra de Hans Werner Henze. Wiener Philharmoniker, direction Markus Stenz. Mise en scène de Dieter Dorn. DVD Opéra, Euroarts.

Pour cet ouvrage lyrique achevé en 2003, L’Upupa, (la huppe) qu’il annonce lui-même comme son dernier opéra, le compositeur Hans Werner Henze (77 ans), a choisi une fable orientale complexe, d’origine syrienne. Mais il y dissimule un conte initiatique allemand, très inspirée par la Flûte Enchantée et l’Enlèvement au Sérail de Mozart : le premier fournit la trame de la quête de jeune Al Kasim, sorte de Tamino oriental ; le second celui de l’enlèvement de la belle Bad’iat.

Le compositeur joue avec virtuosité des influences, des pastiches, des réminiscences secrètes, et l’on entend au détour d’une phrase affleurer Mozart, Wagner, Berg, Debussy ou Stravinsky. Par rapport à ses ouvrages précédents, cette Upupa se distingue par une certaine économie de moyens et de déploiement musicaux : développements abandonnés, ostinatos lancés mais escamotés, …
Si Henze peint ces tableaux féériques avec une profusion de couleurs orchestrales et vocales, on peut toutefois regretter qu’il n’abandonne jamais l’univers de la note au profit parfois de celui du son, matériau brut, qui possède aussi ses enchantements.

Pour cette production/création de 2003 au Festival de Salzbourg, les chanteurs sont excellents dans l’ensemble, notamment Matthias Goerne dans le rôle d’Al Kasim, et Laura Aikin dans celui de Bad’iat. La mise en scène de Dieter Dorn manque parfois d’imagination : elle laisse pendant presque tout le premier tableau le monologue du vieil homme se dérouler dans l’espace clos d’une tourelle. Au point que la captation vidéo ne sait que faire de cette séquence, et ne peut éviter les regards du chanteur, visiblement à court de gestuelle, pour bien capter les départs donnés par le chef d’orchestre. Ce dernier, Markus Stenz, réalise une belle mise en place de la partition, parfois un peu prosaïque.

 

 

Deux opéras de jeunesse de Mozart, regroupés dans un même coffret DVD chez Deutsche Grammophon
Apollo et Hyacinthus, et Die Schuldigkeit des ersten Gebots

Composés à l'âge de onze ans par Mozart, ces deux ouvrages, très différents, furent remontés en 2006 sur le lieu de leur création, à l'Université de Salzbourg. De très beaux moments, une captation vidéo alerte et sensible (par exemple le très bel intermède instrumental entre les actes II et III d'Apollo et Hyacinthus, pour lequel le réalisateur propose une "étude" sur le thème de la main, celle des instrumentistes à corde et du chef, qui mettent en vibration le son et sont à leur tour "vibrées" par lui).

Le dispositif de machinerie baroque de l'acte III d'Apollo et Hyacinthus ne manque pas d'interroger : d'où vient que ces rouleaux évidés tournant sur eux-mêmes pour suggérer l'océan déchaîné ont un tel pouvoir de conviction et d'évocation ? On se rappelle certaines mises en scène avec écrans donnant à voir en vidéo l'océan assez platement filmé, et l'on ne peut pas ne pas mettre les deux en rapport. Il paraît manquer à ces derniers le volume physique qu'occupent les rouleaux baroques et surtout leur prise à la lumière du plateau. L'écran s'arrête à ses bords bien limités, tandis que la vis sans fin paraît déferler même en coulisse. A l'inverse, portons au crédit des dispositifs vidéo l'exceptionnelle réussite de Bill Viola dans le Tristan donné en 2005 à la Bastille : il avait magnifiquement réussi à rendre le tumulte, au sens large, aussi bien de la mer, que des coeurs.